Comment ils ont chassé le blues du lundi
Par : Yves Lusson le Dimanche 11 janvier 2009
Une boule vous serre le ventre chaque dimanche soir ? N’accusez pas trop vite les excès du week-end : vous êtes plutôt angoissé par la semaine qui vient. Quand les problèmes de votre service vous poursuivent jusque chez vous. Il est temps d’agir.
Un coup de blues dès le dimanche soir ? Ce n’est pas le lot d’une minorité d’angoissés : il toucherait la moitié des travailleurs français et jusqu’à 70 % des anglo-saxons, à en croire une étude du groupe Monster publiée en avril dernier. Pour Jean-François Dortier, sociologue et rédacteur en chef du magazine Sciences humaines, il révèle un mal-être au travail fort répandu. Céline en a fait l’expérience. Après ses études de gestion, elle intègre un cabinet de comptabilité. “Pendant deux ans, j’ai passé mes dimanches après-midi à dormir. Je reproduisais mes années d’adolescence, avec ses dimanches interminables et désœuvrés où je repoussais jusqu’au soir le moment de faire mes devoirs. Tout a disparu dès que j’ai changé de boulot.” Après deux missions humanitaires en Afrique, Céline est aujourd’hui chargée de mission dans un organisme de microcrédit. Passionnée, elle assume le dimanche comme un jour de repos bien mérité : “Je prends le temps de faire un jogging matinal, je vais chanter avec ma chorale. Mais surtout, je n’ai plus peur de me retrouver face à moi-même.”
Broyer du noir le dimanche soir est intimement lié à la perception des jours qui s’annoncent. “C’est le seul moment de la semaine où on a le temps de prendre du recul”, explique Brigitte Roujol, coach en développement managérial. Quand on commence à éprouver ce genre d’angoisse, c’est souvent qu’il est temps d’aller chercher ailleurs.
“Un de ces lundis matin de mon enfance”
Cette appréhension, Marie-Laure, ancienne traductrice d’anglais devenue enseignante en classes préparatoires, l’a subie pendant des années. Sa hantise : se lever tôt, dès 6 heures le lundi matin. “Cela m’obligeait à sacrifier mon dimanche soir pour me coucher tôt – et encore, le sommeil ne venait pas toujours – ou à réduire mon temps de sommeil pour profiter de ma soirée. Résultat : je dormais mal et le lundi était un calvaire tellement j’étais fatiguée. Cette souffrance était d’autant plus forte que je réactivais le souvenir de tous ces lundis matins difficiles de mon enfance qui gâchaient mon dimanche.”
Depuis dix ans, Marie-Laure n’accepte plus de donner de cours avant 10 heures le lundi matin. “C’est d’autant plus important que je suis professeure : je dois être à 100 % dès le début du cours. J’ai décalé de deux heures son démarrage. Et comme par magie, la boule au ventre de la veille a disparu.”
Le blues du lundi matin, Étienne, 37 ans, contrôleur de gestion chez Hewlett-Packard, l’avait aussi à l’idée d’entrer dans le long tunnel de la semaine. “J’avais l’impression que mon travail prenait toute la place. Mes trois enfants, ma compagne, ma maison, mes loisirs, tout passait après !”
Il y a deux ans, il passe à quatre cinquièmes : “Le vendredi, je m’occupe des courses de la semaine, des démarches administratives, et je m’occupe des enfants. Ma semaine est mieux équilibrée. Et le dimanche soir, je n’ai plus peur de la semaine qui vient !”
La crainte de ne pas pouvoir “tout faire”
On peut aussi chasser l’angoisse du lundi grâce à un peu plus d’organisation. “Le truc, explique Brigitte Roujol, consiste à identifier ses projets, ses priorités de la semaine.” Ainsi, Anne, responsable support informatique, prend toujours une heure le vendredi en fin de journée pour lister les tâches de la semaine suivante. “Ça me permet d’arriver le lundi matin avec les idées claires, mais aussi de me libérer le cerveau pour le week-end. Quand je ne le fais pas, j’ai mon « petit vélo » qui se met en marche dès le dimanche matin !”
La phobie du lundi est en effet souvent liée à la peur d’être emporté dans le rythme effréné de la semaine : “Dans la nuit du dimanche au lundi, je rêvais que j’entrais dans une machine infernale, se souvient Pascale, directrice commerciale dans une agence de marketing. J’ai compris que cette angoisse était liée aux imprévus qui ne cessaient de bousculer mon planning et qui me faisaient perdre la maîtrise de mon temps : les réunions de service qui commencent en retard, les dossiers brûlants qui tombent à 19 heures, les mails auxquels on se sent obligés de répondre dans l’instant…” Pascale a chassé sa phobie du lundi en s’imposant quelques règles simples de gestion du temps – temps de lecture des mails, durée des réunions, heure de départ du bureau. Et, surtout, en s’autorisant dans sa semaine des moments de respiration : “Je m’octroie quelques heures pour aller faire des courses personnelles, quelques minutes par jour pour me détendre avec les collègues autour de la machine à café. J’ai le sentiment de me retrouver, de ne plus être deux personnes différentes, le week-end et la semaine…”
Article publié dans Courrier Cadres n°26.
Photo : © iMAGINE - Fotolia.com
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