Surmonter les  coups durs, les accidents de la vie | Courrier Cadres
    





    
















    




    
    
  
  


  

   

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Comment surmonter les coups durs

Par : Yves Lusson le Mercredi 01 avril 2009

Tous les accidents de la vie, personnelle ou professionnelle, déclenchent chez nous un cycle de réactions qu’il nous faut accepter de traverser. En comprenant mieux ces mécanismes, on peut être prêt à rebondir plus rapidement.

Un poste qui nous passe sous le nez, une affaire sur laquelle on a travaillé comme un forcené et qui se termine en queue de poisson… La vie professionnelle est parfois émaillée de coups durs. Qu’il s’agisse d’une grosse contrariété comme dans les cas précités ou d’un problème encore plus sérieux comme un licenciement ou un dépôt de bilan, la mécanique est à peu près la même. Et en connaître les ressorts devrait vous permettre de surmonter la mauvaise passe. C’est d’abord en mesurant leur impact que les scientifiques ont compris ce qu’étaient réellement les coups durs de l’existence. “Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce ne sont pas des psychologues mais des cardiologues qui ont établi une échelle de mesure pour ces événements, explique Marc-Louis Bourgeois, chercheur en psychopathologie à l’université de Bordeaux. En 1967, les docteurs Thomas Holmes et Richard Rahe ont constaté que les infarctus étaient souvent liés à des événements bouleversants. Grâce à des études épidémiologiques qui se sont affinées année après année, ils ont pu établir un classement des coups durs en fonction des risques d’infarctus qui leur étaient associés.” C’est ainsi qu’est née la célèbre échelle de stress d’Holmes et Rahe, que les scientifiques utilisent encore aujourd’hui.

Une importance considérable

Sur ce podium des difficultés, les coups durs directement liés à la vie professionnelle ne sont pas pris à la légère. Le licenciement arrive à la septième place – loin derrière toutefois, on s’en doute, le décès d’un être cher ou une catastrophe naturelle.   tout notre corps subit le choc Si la perte d’un emploi est aussi sérieusement prise en compte, c’est que, selon Marie Pezé, psychanalyste en charge de la première consultation spécialisée sur la souffrance et le travail à l’hôpital de Nanterre (Hauts-de-Seine), “le travail a pris une importance considérable dans nos vies. Outre qu’il permet d’assurer sa survie, on y fait la plupart de nos rencontres amoureuses et amicales, on s’y forge une place dans la société. Actuellement, perdre son emploi signifie ni plus ni moins basculer hors du monde et perdre son identité.” Quelle que soit sa nature, tout accident de la vie implique un temps incompressible pendant lequel le psychisme et même l’organisme vont devoir accuser le coup et observer ce que l’on appelle couramment une période de deuil.

Vagues successives

Pour la psychiatre américaine Elisabeth Kübler-Ross, la victime d’un coup dur va traverser un cycle composé de sept étapes : le déni – “C’est impossible” –, la peur – “Que vais-je devenir ?” –, la colère – “C’est la faute des banquiers, des collègues, du gouvernement, etc.” –, la tristesse – “Tout est fichu !” –, la négociation avec soi-même – “Où ai-je bien fait, où ai-je mal fait ?” –, l’acceptation – “J’ai fait ce que j’ai pu” – et enfin la découverte des ressources cachées – “Je démarre un nouveau projet, ça va être fantastique.” La durée de ce cycle est évidemment variable selon l’importance du choc subi. Pour une vraie tourmente grave, “il faut compter en moyenne six mois, précise Marc-Louis Bourgeois. Toutefois, les différentes étapes reviennent par vagues successives tout en s’atténuant.”  Mais ce temps dépend aussi de la facilité avec laquelle on digère le coup. “Dans les cas les plus sérieux, la personne est amenée à traverser une phase dépressive qui peut entraîner de la fatigue, une perte du désir de se lever le matin et des problèmes de sommeil, prévient Marc-Louis Bourgeois. La raison est en grande partie biologique. Un coup dur provoque une chute des défenses immunitaires. En outre, quand l’événement est soudain, l’organisme secrète en abondance du cortisol, l’hormone du stress.” Il peut en résulter une altération, constatée par imagerie médicale, de certains organes du cerveau comme l’hippocampe, le siège de la mémoire et de la conscience. Le deuil correspond au temps nécessaire pour que notre organisme se répare et revienne à un fonctionnement normal.

Prendre ses distances avec l’événement

Cependant, il arrive que ce processus de deuil se passe mal et que la dépression se prolonge. Quelle est donc la différence entre un coup dur bien surmonté et un deuil réussi ? “Quand les choses se réparent mal, la personne développe un sentiment de culpabilité disproportionné et se dévalorise d’une manière excessive, note Marie-Frédérique Bacqué, psychanalyste et professeure en psychologie à l’Université de Strasbourg. On reconstruit le passé d’une façon biaisée, à travers le miroir du choc. Au contraire, un deuil est réussi quand celui qui a subi le choc parvient à analyser et à comprendre ce qui lui est arrivé. C’est un processus qui mobilise les ressources conscientes et aussi inconscientes. La personne prend ainsi de la distance avec l’événement. C’est une condition nécessaire pour se reconstruire en évitant de reproduire le même échec.” Les psychologues sont persuadés qu’un tel travail passe par la parole. De récentes études médicales ont confirmé cette intuition. “Elles ont montré que les maladies cardio-vasculaires liées au coup dur concernaient surtout les hommes, poursuit Marie-Frédérique Bacqué. Ceci s’explique en grande partie parce que les femmes, de nos jours, verbalisent plus volontiers ce qui leur arrive avec leur entourage proche. Les hommes, au contraire, auraient tendance à s’isoler, étant convenu socialement qu’ils ne doivent pas laisser apparaître leurs faiblesses.”

Vulnérabilité d'ordre... social

Pour s’en sortir,  il faut être entouré Mais bien d’autres facteurs expliquent que certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres. “La personnalité compte beaucoup, reprend Marie-Frédérique Bacqué. Certains, par exemple, ne sont pas sortis suffisamment armés de leur relation précoce avec leurs parents. Ces derniers n’ont pas assez joué leur rôle de filtre auprès de l’enfant, ils ne l’ont pas protégé des événements difficiles et lui permettant de les appréhender progressivement. Devenu adulte, on garde une fragilité et on risque de s’effondrer en cas de coup dur. Pour ce type de personnalité, une psychothérapie est alors nécessaire.”  L’autre grand facteur de vulnérabilité est d’ordre social. Une grande étude anglaise, la Life Events and Difficulties Schedule (Événements de vie et inventaire des difficultés), réalisée en 1978 par deux psychologues de l’université de Londres, George Brown et Tirril Harris, a montré que la faculté de se remettre d’un coup dur était intimement liée à la situation socioculturelle. Ceux qui s’en sortent le moins bien sont les célibataires peu diplômés, vivant seuls avec leurs enfants.

Mieux vaut être entouré

Ceux qui s’en sortent le mieux sont des personnes mariées, diplômées et issues de couches sociales favorisées. Au contraire des premiers, ces derniers peuvent puiser dans leurs ressources culturelles et un entourage qui les soutient. “Toutes les études épidémiologiques prouvent qu’on se sort rarement d’un coup dur tout seul et qu’il vaut mieux être accompagné, assure la psychanalyste Marie Pezé. Parce que cela impose la reconstruction d’une nouvelle identité. Ce qui ne peut se faire qu’avec les autres, à travers des reconnaissances et des relations renouvelées.”  Autrement dit, le coup dur impose un apprentissage qui peut déboucher sur un enrichissement, à condition d’être bien entouré.

 

Small_PICTO.jpg Article paru dans Courrier Cadres n° 27 (Février 2009) 

Tags

Psycho, Stress

Les bonnes questions à se poser

Pour Vincent Lenhardt, fondateur du cabinet de coaching Transformance, le coup dur professionnel est  une bonne occasion pour trouver une voie qui nous correspond mieux. “C’est une rupture qui nous oblige d’abord à prendre du recul et le temps de la réflexion, explique-t-il. Je conseille de se faire accompagner par un coach, un conseiller en carrière, voire un groupe d’amis.”

Chercher à comprendre le sens que prend cet événement dans sa vie :  c’est la mission essentielle que le coach assigne à la personne qui a subi un coup dur. “Quand je perds mon job, je perds mes revenus, mon titre, mon statut social, mais aussi l’image que l’on  a de moi-même et que je donne  aux autres. Qu’est-ce qu’il me reste ? C’est le moment unique de beaucoup apprendre sur soi. Après un coup  dur, bien des cadres ont saisi  l’occasion pour changer de métier, voire ont tourné le dos  au salariat pour créer leur  propre entreprise.” Le coach estime que pour faciliter ce travail sur soi, il faut se poser quatre questions :

1. Quel est le regard que les autres portent sur moi ?

2. Quelle image j’ai de moi-même et en quoi cette épreuve va-t-elle m’aider à grandir ?

3. Mon métier, ma fonction, mon statut me conviennent-ils vraiment ?

4. Enfin, que vais-je faire maintenant  de ma vie, à la lumière nouvelle de cet événement ?

Comment ils ont fait

Sylvain Forestier, Président de La Maison Bleue

J’ai beaucoup échangé avec mes proches

 

J’étais à la tête d’une entreprise de marketing direct cotée en Bourse, à l’époque de la bulle internet, lorsque j’ai dû déposer le bilan. Des collaborateurs se sont retournés contre moi, j’ai dû  vendre ma maison. J’ai cédé l’entreprise, mais j’y suis resté en tant que manager salarié. C’est ce qui m’a permis de ne pas plonger dans la dépression. J’ai pris le temps d’analyser ce qui m’était arrivé. J’ai réalisé que j’avais commis des erreurs. J’ai beaucoup échangé avec mes proches et surtout ma compagne, qui ne m’a jamais rien reproché malgré les conséquences sur notre vie privée. J’ai rebondi en créant une société dans un secteur nouveau pour moi : les crèches. Je suis désormais plus prudent.

Christine Boulet, coach professionnelle

J’ai remonté la pente grâce au sport

 

J'ai été licenciée en 2006 après avoir dénoncé un harcèlement moral et  sexuel de mon manager. Aujourd’hui,  je viens de terminer un master  en accompagnement professionnel  à l’université d’Aix-Marseille, qui  me destine aux métiers du coaching.  Au début, je ne voulais pas m’avouer  ce qui m’arrivait. J’étais sous la vague, j’éprouvais même de sérieux malaises physiques. J’ai remonté la pente  avec le sport. Je me suis inscrite au  semi-marathon de Marseille-Cassis.  Je me suis aussi mise à faire de la sculpture. J’ai également beaucoup lu.  Le livre de Marie-France Hirigoyen,  Le Harcèlement moral, m’a par exemple beaucoup aidée.

Jean-Marie Fréchet, oenologue, créateur d’Oenolis

Je me suis appuyé sur mon réseau

 

Je menais une carrière de contrôleur  de gestion. J’avais 33 ans et un destin  tout tracé quand le couperet est tombé : cancer de la thyroïde. Le début de la maladie a été terrible. Puis, sur la voie  de la guérison, j’ai été envahi par  le sentiment que je passais à côté de l’essentiel. Tout me poussait à réintégrer ma vie d’avant, mais je ne le sentais plus. J’ai fini par en parler à mes proches.  Ils m’ont beaucoup aidé. Aujourd’hui,  je suis l’heureux chef d’une petite  entreprise dans un domaine qui me  passionne : le vin. Pour rebâtir cette vie professionnelle, mes réseaux m’ont été d’une grande aide. Mes premiers clients ont été mes anciens patrons, ainsi que mes compagnons d’école de commerce.

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