Les nouveaux rituels du travail en open space
Le Jeudi 30 avril 2009
Pas facile de se concentrer quand on partage son bureau à quinze ! Des moyens existent pour lutter contre le stress de l’open space. Heureusement, car ces grands plateaux sont adoptés par de plus en plus d’entreprises.
Une boîte de boules Quies, un rétroviseur pour guetter l’arrivant, un magnifique poster pour égayer la vue et s’isoler du reste de la tribu… C’est le kit de survie en “open space” proposé par Chris Ryan, un salarié américain modèle, sur www.cubeguy.com. Une blague ? Oui et non. Car la vie quasi tribale imposée par la multiplication de ces bureaux ouverts génère des rituels inédits en entreprise.
Entre dépossession et réappropriation de l’espace de travail, chacun s’adapte aux codes de cette nouvelle organisation géographique de l’entreprise. S’intégrer à l’équipe, mais résister à la pression du groupe. Répondre au téléphone mais, chut, sans faire trop de bruit. Bosser ensemble sur un projet, mais s’isoler pour se concentrer… Tous les cadres, ou presque, connaissent ça. En quelques années, l’espace de travail individuel a diminué en France, de 12 à 8 mètres carrés par salarié, selon Actineo (Observatoire de la qualité de vie au bureau). Désormais, 60 % des entreprises ont adopté l’open space. Et ce n’est pas fini. Crise de l’immobilier, explosion des coûts de fonctionnement, mais aussi mobilité des missions et nouveaux modes de management : la géographie des espaces de travail est en pleine mutation. Pour le meilleur et pour le pire… Côté face : “L’open space illustre une nouvelle manière de concevoir la hiérarchie, explique Nicholas Vieuxloup, directeur B to C de la plate-forme communautaire Viadeo, lui-même à l’œuvre dans un espace ouvert avec quinze de ses collègues. L’entreprise fonctionne autour du concept de projet, avec un responsable immergé au cœur de son équipe.” Fluidité de la communication, convivialité, optimisation de la performance, les experts en management ne tarissent pas d’éloges sur le bureau en espace ouvert.
Sonnerie au minimum, nourriture interdite
L’envers de la médaille ? “L’open space induit un contrôle qui n’est plus dans les mains du seul chef, mais porté par le groupe. Si un salarié a cinq minutes de retard ou part plus tôt, c’est au vu et au su de tous. La maîtrise que doivent s’imposer les collaborateurs en open space est oppressante au quotidien”, raconte Thomas Zuber, coauteur avec Alexandre des Isnards de L’open space m’a tuer (Hachette Littératures, 2008). Il y aurait donc du “Big Brother” dans cette entreprise communautaire ? “C’est difficile dans un open space d’exprimer son mal-être ou son stress, car on est en permanence confronté au regard de l’autre. La confidence n’y est pas possible. Paradoxalement, le groupe renforce la sensation d’isolement de chacun.”
La meilleure façon de prévenir le stress des grands espaces, c’est de fixer des règles communes. Olivier Alonso, P-DG du réseau immobilier Solvimo, a divisé les locaux de son siège social en deux plateaux ouverts. La transformation des lieux s’est accompagnée d’une charte de bonne conduite. Les sonneries des téléphones ont été uniformisées et réglées sur le volume le plus bas. Bien entendu, interdiction de hurler dans le combiné !
L’harmonie passe aussi par le respect visuel. “Chacun peut personnaliser son environnement mais en veillant au rangement de son bureau. Et, bien sûr, il est interdit de manger à son poste pour éviter les nuisances olfactives.” En cas de problème de voisinage, le manager ne doit être jamais loin : “Il faut régler très vite les questions de cohabitation, au risque de voir la tension entre collaborateurs virer à la foire d’empoigne”, ajoute le chef d’entreprise.
Pouvoir s’isoler quand on le souhaite
Même avec les meilleures intentions du monde, on ne maîtrise pas toujours son énervement ni le volume de sa voix, en cas de tension par exemple. Un paramètre anticipé par Thibaut Bechetoille, P-DG de la société high-tech Qosmos, qui a installé autour de l’open space qu’il partage avec son équipe des box fermés destinés à abriter des réunions, des séances de travail au calme ou, le cas échéant, les conversations privées des salariés en mal d’intimité. “L’open space favorise la communication au sein des équipes, mais pour être optimum, il doit s’accompagner d’une certaine liberté de mouvement. Un collaborateur doit pouvoir s’isoler quand il le souhaite.”
Photo : © Surflifes - Fotolia
Article publié dans Courrier Cadres n°28 (mars 2009)
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