Sans une alimentation saine, pas d’énergie durable pour le corps et l’esprit. Le repas fondamental est le petit déjeuner. Mais pas n’importe lequel. “Si on prend juste un café sucré, on se donne de l’énergie – du sucre rapide – pour une heure, prévient Olivier Coudron, médecin-chercheur en nutrition à l’université de Dijon. Or 70 % de notre métabolisme journalier a lieu dans la matinée.”
C’est donc le matin qu’il faut manger le plus, et le plus richement, sans risquer de grossir, car tout ou presque sera consommé dans la journée. “Il faut préférer les sucres lents (pain complet, céréales complètes, fruits, etc.) aux sucres rapides, car les premiers donnent du carburant pour toute la journée, poursuit le médecin. Ne pas chasser le beurre, car les lipides sont de bonnes réserves d’énergie (les lipides se transforment en sucre dans notre organisme). Et surtout manger des protéines : œufs, jambon, fromage ! Ce sont elles qui permettent de fabriquer la dopamine, le neurotransmetteur qui nous procure la sensation d’énergie. Je prescris ce petit déjeuner protéiné à mes patients qui se sentent à plat.”
Les bénéfices se font sentir au bout d’une quinzaine de jours seulement, le temps d’induire les mécanismes de la fabrication de dopamine, mais ils sont spectaculaires. Dernier conseil du médecin : “Éviter les sucreries, elles empêchent justement le cerveau de fabriquer cette dopamine.”
Les secrets de notre énergie
Par : Yves Lusson le Dimanche 02 novembre 2008
Se sentir en forme n’est pas qu’une affaire de condition physique, mais une alchimie subtile du corps et de l’esprit où les facteurs psychiques dominent. Pour avoir le plein d’énergie, mieux vaut ne pas trop se compliquer la tête.
Quelle énergie ! L’expression revient souvent pour décrire ces individus capables de soulever des montagnes, de travailler pendant des heures. Fluctuante, elle nous fait défaut certains jours puis revient le lendemain. Certaines situations nous la pompent, tandis que d’autres nous en remplissent. Une chose est sûre : nous ne sommes pas des machines. L’énergie est le fruit d’un cocktail de facteurs plus psychologiques que mécaniques.
Le premier saute aux yeux. Pour avoir de l’énergie, mieux vaut… ne pas se poser trop de questions. C’est le but des disciplines orientales comme le yoga ou le tai-chi, ou par la sophrologie, qui s’en inspire. Relâcher la pression et ne pas se prendre la tête. Car l’anxiété aurait une fâcheuse tendance à nous vider de notre énergie. De récentes expériences en imagerie cérébrale l’ont démontré.
“Pompés” par les conflits psychiques
Chez les sujets anxieux, c’est-à-dire en conflit psychique, les chercheurs ont constaté que le système limbique, le siège des émotions situé derrière le cerveau, présentait une activité intense. Or c’est cette zone du cerveau qui consomme le plus. Dès que l’activité cérébrale passe dans la zone préfrontale, la zone de l’action, le sujet retrouve son énergie pour déployer sa créativité. “L’anxiété et le stress correspondent à un glissement dans le passé et le futur, explique Pascal Gautier, directeur de l’Institut de sophrologie de Rennes. Pour se reconnecter à son énergie vitale, je préconise de se recentrer dans ce que l’on nomme « l’ici et maintenant » grâce à des techniques corporelles basées sur la respiration, la relaxation et la concentration mentale.”
Et ça marche. À tel point que beaucoup de sportifs font appel à des sophrologues. Pour Nicolas Gétin, sophrologue auprès de basketteurs professionnels, “le gros de mon travail est de leur permettre d’être tout entiers dans leur action. Je les aide aussi à accepter les émotions qui les traversent – la peur, la frustration, l’espoir –, de manière à ce qu’ils s’en servent contre l’adversaire plutôt que de se laisser submerger par elles. Cela demande de la pratique et du courage. Le tennisman Rafael Nadal est devenu un expert en la matière. Il peut ainsi diriger toute son énergie dans l’action.”
Des lésions cérébrales à l’origine de l’apathie
Mais si Nadal est devenu l’un des plus talentueux tennismen du moment, c’est avant tout parce qu’il le désirait. La motivation serait, pour les scientifiques, notre principale source d’énergie psychique. Une source qui aurait même été localisée dans le cerveau. Dès le début des années quatre-vingt, le neurologue Michel Habib s’est penché sur le cas de patients atteints d’athymhormique, une maladie qui rend apathique. Le chercheur s’est aperçu que ces patients avaient tous eu une lésion cérébrale dans une même région située au milieu du cerveau : les ganglions de la base.
À la fin des années quatre-vingt-dix, des études en imagerie cérébrale ont confirmé ses hypothèses. Des IRM ont été réalisées sur des joueurs de casino pendant qu’ils misaient. Quand ils décidaient de rejouer ou d’arrêter (le moment où la motivation entre en scène), c’est cette région du cerveau qui s’activait, prouvant son implication dans le processus de motivation. “C’est à cet endroit que se situe ce que le philosophe Bergson appelait l’élan vital, commente Michel Habib. Mais nous n’en savons pas beaucoup plus sur les mécanismes biologiques qui sous-tendent cette énergie.”
La motivation serait donc notre principale réserve d’énergie. Mais pas n’importe laquelle. Des chercheurs en psychologie ont découvert que notre énergie et sa mise en œuvre pouvaient varier selon la nature de notre motivation, et particulièrement de ce que les chercheurs appellent nos “buts d’accomplissement”. “Les premiers, appelés buts de maîtrise, visent au développement de soi et de ses compétences, explique Christian Escribe, enseignant-chercheur en psychologie à l’université de Toulouse. Les seconds, les buts de performance, visent à valoriser ou à protéger son image de compétence aux yeux des autres. Les études montrent que les premiers sont à l’origine de l’énergie la plus efficace.”
Une expérience scientifique met en scène des joueurs de tennis de double. Le choix est donné aux sportifs de désigner leur partenaire. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ils choisissent en grande majorité le plus faible d’entre eux, réduisant ainsi leur chance de gagner.
Stratégies d’autohandicap
“C’est l’effet pervers du but de performance, commente Christian Escribe. Cette décision est liée à leur peur de perdre. En choisissant un partenaire faible, ils ont une excuse : l’échec ne les remet pas en cause personnellement. Cette conduite est un exemple de stratégies d’auto-handicap, lesquelles sont plus fréquentes qu’on ne le croit dans nos comportements quotidiens, notamment au travail. Ces motivations peuvent amener à se résigner, à entrer dans des états d’inhibition et d’apathie pouvant aller jusqu’à la dépression.”
Au contraire, la recherche du développement de soi serait un facteur considérable de mobilisation de l’énergie. Pour Thierry Janssen, médecin et auteur de La Solution intérieure (édition Pocket), elle serait même le secret de ceux qui en débordent. “Si on arrive à trouver ce que j’appelle « l’essentiel singulier » auquel nous devons répondre en nous, alors oui, on gagne en cohérence et donc en vitalité. Il est stupéfiant de voir certains artistes, même âgés, déployer une énergie créatrice prodigieuse, au-delà du concevable : c’est qu’ils sont en cohérence avec ce qu’ils sont. Et ça peut déplacer des montagnes.”
L'énergie est propre à toute activité créatrice
Un accomplissement ne se fait pas toujours sans heurts, surtout pour les créateurs. Dans un ouvrage collectif, "La Sublimation, les sentiers de la création" (éditions Sand & Tchou, 10,95 euros), le psychanalyste aujourd’hui disparu Didier Anzieu retrace les chemins souvent laborieux que l’écrivain Samuel Beckett a parcourus. Des périodes d’infertilité, voire de dépression où toute énergie fut absente… jusqu’à ce qu’elle revienne encore plus forte et féconde. Exacerbée chez les artistes, cette fluctuation d’énergie est propre à toute activité créatrice.
Nous ne sommes pas tous des créateurs. Pourtant, l’énergie, il y a des jours avec, au point que notre force de proposition est louée en réunion, et des jours sans. Même pas question, alors, de suivre les discussions avec les collègues.
Pour Thierry Janssen, ces étranges variations d’énergie sont liées au fait que notre organisme a besoin de se recharger régulièrement. “Dans ces moments-là, notre système nerveux prend lui-même une décision qui échappe à notre volonté, explique-t-il. Celui-ci se met à notre insu en mode récupération et il est quelquefois difficile d’en sortir, surtout lorsqu’on a un peu trop tiré sur la corde les jours précédents.”
Cet état correspond, dans notre système nerveux central, au mode parasympathique. Les niveaux d’adrénaline et de dopamine sont au plus bas. Or l’adrénaline est une hormone qui augmente le métabolisme cellulaire. Et la dopamine est un neurotransmetteur qui joue le rôle de starter du moteur et qui procure cette sensation d’énergie. Celle-là même qui fait naître le désir, l’enthousiasme et la créativité.
Être privé des deux engendre cette désagréable impression d’être à plat. “Le problème est que dans notre société de performance, on assume difficilement cet état, regrette Thierry Janssen. Or il est essentiel de relâcher régulièrement la pression si l’on veut bien recharger ses batteries.”
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Les enjeux de votre petit déjeuner
Ce qu'ils en pensent
Peggy Olmi, journaliste et animatrice télé
Mon moteur, c’est la curiosité
“Mon surnom, c’est Duracell ! Je peux travailler 14 heures par jour. Mon moteur ? La curiosité. Depuis que je suis toute petite. Ma seule angoisse dans la vie, c’est l’ennui. ça me pompe l’énergie. Alors je cumule les activités : chroniqueuse dans Science X (France 2), co-auteure et co-animatrice des Détectives de l’Histoire (France 5), rédactrice en chef d’émissions bien-être et conso sur une chaîne du câble (Vivolta), pigiste pour la presse… Et une vie perso bien remplie ! Pour tenir le coup, j’ai une bonne hygiène de vie. Pas de cigarettes, pas trop d’alcool, une alimentation équilibrée et un peu de sport. Depuis deux ans, je pratique le Pilates, une discipline qui allie musculation et relaxation. ça me vide la tête et je recharge mes batteries.”
Mohed Altrad, romancier et fondateur d’Altrad, leader mondial des bétonnières
Je suis animé par un esprit de combattant
En vingt ans, j’ai fondé une entreprise qui compte 3 500 salariés, leader mondial dans son domaine. J’écris mon troisième roman. Je travaille de 16 à 18 heures par jour. Je suis animé par l’urgence de réaliser le plus de choses possible. Je dois tirer cette énergie de mon histoire personnelle. Je suis originaire de Syrie, d’une famille de nomades. Ma mère, qui est morte quelques mois après ma naissance, a été répudiée par mon père. Enfant, je voyais le monde comme un univers hostile. Être le meilleur à l’école me semblait l’unique porte de sortie. Quand je suis arrivé en France en tant qu’étudiant boursier, j’ai dû lutter dix fois plus que les autres. Cet esprit de combattant m’anime encore aujourd’hui.”
Sandra Le Grand, présidente-fondatrice de la société Canal CE
Je cherche avant tout à me faire plaisir
“La positive attitude est un art de vivre qui m’a été transmis par ma mère, une prof de gym. Après une école de commerce et onze ans chez Coca-Cola, j’ai créé Canal CE en 2000. Je travaille beaucoup mais je récupère facilement en me changeant les idées. Je privilégie les activités qui me donnent du plaisir : le relationnel au boulot, du sport avec mes enfants. J’ai éliminé tout ce qui m’ennuyait à la maison : ménage, courses, tâches administratives. Les vacances, c’est repos maximum. Je mange comme je suis, énergétique : jambon, fromage blanc, jus d’orange pressé le matin. Une côte de bœuf à midi (pour le fer). Et mon booster, c’est de dîner avec mes amis dans un bon restaurant.”
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