Exceller dans son métier ne suffit plus. Pour être recruté, promu ou reconnu, les qualités personnelles deviennent stratégiques. Nos conseils pour révéler le meilleur de vous-même.
Vous êtes enthousiaste, vous avez un très bon relationnel, de l’humilité et vous savez écouter. Alors rendez-vous, le 5 juin prochain à partir de 9 heures, Porte de Versailles à Paris. » Cette petite annonce n’a pas été relevée sur le célèbre site de rencontre meetic.fr, mais tout bonnement sur un site de recrutement. Car il s’agit bien… d’une offre d’emploi.
Normal puisque le savoir-être est devenu la nouvelle marotte des directions des ressources humaines. C’est à croire qu’elles ne jurent plus que par le charisme, l’écoute ou la force de conviction des candidats. A côté du traditionnel excellent relationnel ou du presque classique leadership, la liste des qualités comportementales exigées par les employeurs dans les annonces s’allonge à l’envi.
Ces derniers veulent que leurs collaborateurs sachent gérer leur image, soient bien dans leur peau, maîtrisent leur stress, trouvent les mots et les attitudes pour entraîner leurs collaborateurs, etc. « Je connais des recruteurs qui sont prêts à diminuer leurs exigences sur les compétences métier pour embaucher une personne capable d’entraîner ses équipes et les partenaires extérieurs », confirme Claude Monnier, le DRH de Monster.
Les qualités humaines font la différence
Face à des candidats dont les curriculum vitae à rallonge se ressemblent – bac + 5, complété par un master ou un MBA – et qui affichent des expériences professionnelles comparables, les qualités humaines seraient le moyen de faire la différence. La globalisation de l’économie, qui conduit les entreprises à s’adapter pour survivre, n’est pas non plus pour rien dans cette tendance à privilégier le savoir-être. Les compétences techniques des cadres deviennent de plus en plus périssables, voire obsolètes, alors que leurs qualités comportementales, elles, constituent une base solide.
Le savoir-être ne se limite pas au seul recrutement. Il est devenu incontournable pour progresser. Il est désormais pris en compte dans les entretiens d’évaluation et figure en bonne place dans les référentiels métiers. Et si la bonne attitude pèse lors d’une décision d’embauche, la mauvaise peut conduire à un licenciement.
« Il est très rare aujourd’hui qu’une société se sépare d’un collaborateur pour des questions de savoir ou de savoir-faire. Souvent, elle prendra la décision pour des problèmes d’entente, de communication ou de management », constate Karim Gozzi, le DRH du groupe APX, une SSII de 1 300 salariés spécialisée dans l’infogérance.
Une formation comportementale pour les ingénieurs en Inde
Cette tendance à privilégier le savoir-être n’est pas simplement hexagonale, elle est mondiale (lire l’interview de Jean-Bernard Fournier). L’Etat indien de Bangalore vient ainsi de financer une formation comportementale destinée aux jeunes ingénieurs frais émoulus de l’école. Une étude, menée auprès des dix plus gros donneurs d’ordres dans le pays au premier rang desquels Microsoft, Yahoo! ou Infosys, avait démontré qu’un ingénieur sur deux n’avait pas les compétences humaines adéquates.
Se méfier des critères trop psychologisants
Mais à mettre les qualités humaines au même niveau que d’autres compétences professionnelles, l’entreprise ne s’immisce-t-elle pas dans la sphère privée du salarié ? Ce danger est bien réel, estime Claude Dubar*, sociologue, professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin.
« Il ne faut pas réduire la question de l’identité, du développement personnel, à la valeur d’un individu dans son entreprise ou sur le marché mondial. Ces critères psychologisants aboutissent à des aberrations. Etre performant dans ses relations, qu’est-ce que ça signifie ? », interroge-t-il.
A cette critique, la réponse des DRH est volontairement pragmatique. « Aucun d’entre nous n’a l’ambition ni la volonté de changer la personnalité de ses collaborateurs, tout être est unique et doit le rester, rétorque Philippe Poupée, DRH au sein du pôle des matériaux haute performance de Saint-Gobain. En revanche, dans un monde où chaque présentation, chaque réunion avec son équipe est une occasion de motiver ses équipes, nous devons leur donner le maximum d’atouts pour progresser. »
D’ailleurs, Philippe Poupée a récemment organisé pour une cinquantaine de ses managers une formation au développement personnel afin qu’ils améliorent leur communication avec leurs équipes.
La cote des formation au leadership ou à l'estime de soi
Aux dires des DRH, le concept de savoir-être regroupe toute une palette de qualités humaines qui vont permettre de « démultiplier les compétences techniques ». Et comme pour n’importe quelle autre compétence, chacun peut tenter d’améliorer les siennes. Pas étonnant que les formations au développement personnel rencontrent aujourd’hui un tel succès. Les plus prisées portent sur le leadership, la prise de parole en public ou l’estime de soi… Mais pas seulement.
Certaines écoles de commerce ont ainsi intégré des modules de formation très concrets dans leur cursus. « Les entreprises nous disent que nos étudiants sont des hauts potentiels et qu’ils doivent savoir mettre leurs interlocuteurs à l’aise, explique Jean-François Fiorina, directeur de l’Ecole supérieure de commerce de Grenoble. On a donc créé un module de 27 heures en 2e et 3e années, baptisé “Invitation aux arts de la table”, pour apprendre à bien se comporter au restaurant ou quand on reçoit chez soi. Pour nous, ce module a autant d’importance qu’un cours de finance. »
Alors, pour développer cet avantage compétitif qui vous aidera à être recruté ou promu grâce à votre savoir-être, voici un programme sur mesure décliné en trois temps : soigner son image, se renforcer, s’impliquer dans les relations.
Dossier réalisé par Gilles Wybo, Annabel Benhaeim et Catherine Feldman