Faire bonne impression n’est pas qu’une affaire de look. Voici comment adopter une image cohérente tout en restant fidèle à vous-même.
Bernard n’est ni un homme politique en campagne, ni un acteur en tournée… Et pourtant, ce directeur hygiène, sécurité, environnement dans un grand groupe industriel est en représentation permanente. Chargé de promouvoir les meilleures pratiques dans son domaine, il tourne d’un site à l’autre pour prêcher la bonne parole. Etre théâtral, faire des effets de voix pour susciter l’écoute ou encore savoir occuper l’espace font partie de ses préoccupations quotidiennes.
Ne pas trop détonner
Car il a bien compris qu’en plus de ses capacités de conviction, beaucoup dépend de l’image qu’il dégage. Son employeur en est convaincu également puisqu’il lui a accordé une formation avec le coach Bernard Ortega, un ancien acteur de théâtre. Bien gérer son image est d’ailleurs devenu une nécessité pour tous les cadres et pas seulement les nomades. « Nous sommes dans des sociétés de plus en plus communicantes où les échanges se multiplient. Alors je fais prendre conscience à mes stagiaires qu’ils ont tous une image professionnelle et qu’ils la réfléchissent en permanence », explique le coach.
Cette dimension est particulièrement sensible dès que l’on s’aventure hors de son service. Or les occasions de sortir de son pré carré se multiplient avec le développement du travail en mode projet, la nécessité de collaborer, parfois, avec des partenaires aux quatre coins du monde. Et c’est connu, quand on joue à l’extérieur, mieux vaut être pro, impressionner et laisser les mauvais gestes et les paroles déplacées au vestiaire.
Prendre conscience de ce que l'on transmet
Qu’est-ce donc que l’image professionnelle ? Un patchwork composé de nos gestes, de nos paroles, de notre look, de nos attitudes, etc.
Selon Marie-Anne Dufeu, qui anime chez Demos le stage « Etre à l’aise avec les règles du savoir-vivre », « nous collons tous des étiquettes sur les personnes qui nous entourent : untel est joyeux ou triste, dynamique ou mou », à partir de l’impression qu’ils nous donnent.
Pour bien gérer cette image, il faut prendre conscience de ce que l’on transmet. Le meilleur outil pour ce faire est le célèbre 360°. Le principe est simple : questionner ses pairs, ses collaborateurs sur la façon dont on est perçu à l’aide de quelques questions ouvertes du type : Quelles sont les dimensions de ma personne que vous préférez ? Comment décririez-vous mon management ? Cela permet de mesurer les décalages entre l’image que l’on croit avoir et la réalité. Surprises garanties !
Ne pas trop marquer sa différence
Ensuite, il faut se demander ce que l’on souhaiterait dégager et quelles sont les qualités que notre entreprise attend de nous. La règle d’or en la matière est qu’il vaut mieux ne pas détonner. « Quand on est différent, on pose problème car notre façon d’être remet en question celle de l’autre, prévient Marie Casel-Douëzy, consultante en image. C’est comme si on lui donnait une leçon. C’est le cas par exemple si l’on porte une tenue recherchée qui rend celle de son interlocuteur plus ordinaire. »
Exemple typique : le directeur des ressources humaines d’une grande banque d’affaires a proposé à Jacques Coignard, directeur associé chez Eos Conseil, de coacher un de ses cadres en train de se marginaliser. « Le DRH m’a expliqué qu’il avait intégré il y a six mois un ex-publicitaire, excellent techniquement, mais qui était en train de se discréditer par son comportement et son langage empruntés au monde de la pub. Ses phrases du genre : “Eh dis donc, coco, tu veux bien me régler ce dossier pour mardi ?”, passaient mal auprès de ses nouveaux collègues habitués à un langage plus policé. Résultat : la cote de ce cadre chutait à vitesse grand V. »
Plus à l’aise et plus incisif
Cette alliance entre notre personnalité propre et les codes de l’entreprise nous permet de construire une identité professionnelle « qui est le socle de l’équilibre au travail, souligne Jean-Frédéric Buzzi, directeur de projets chez Insep Consulting. C’est pourquoi il faut bien se connaître et être en accord avec l’image que l’on renvoie dans son job. »
Les recettes pour y parvenir sont nombreuses, depuis les formations à la prise de parole en public – des stages qui ne désemplissent pas – à celles sur le look (lire les conseils de Christine Cavel de Courcy) ou encore, pour un travail plus en profondeur, le recours à l’incontournable coaching. Quelle que soit la méthode employée, les résultats peuvent être éloquents.
Regarder loin devant soi
Jacques Salognon, P-DG de l’entreprise Deveryware spécialisée dans la géolocalisation, recherchait des investisseurs. Il a suivi une formation de trois jours pour améliorer son image lors de ses entretiens : « J’ai appris certaines techniques de communication : regarder loin devant soi, avoir une voix claire… Et à partir de là, je me suis senti plus à l’aise, plus incisif et convaincant lors de mes présentations. »
Coïncidence ? Jacques Salognon a réussi sa levée de fonds quelques mois après. Pour Jean-Pierre Ledoux, dirigeant de CDK développement, une TPE de communication spécialisée dans le BTP, la formation à la prise de parole en public a également servi de déclic. « J’anime régulièrement des réunions devant 80 à 100 personnes, des industriels du bâtiment ou des clients. Avant, j’étais persuadé que pour être crédible, il fallait rester sérieux et tendu. J’ai réalisé qu’il faut surtout être soi-même, et depuis je n’hésite plus à être spontané et même à glisser quelques notes d’humour dans mes présentations. » Résultat : ses interventions ont pris davantage de relief.
José Martinez, un consultant en marketing opérationnel plutôt timide, a lui aussi repoussé ses limites grâce à une formation (lire son témoignage).
Loin des yeux...
Gérer son image, c’est aussi assurer son autopromotion, en tenant compte des règles de base de la psychologie. Le vieil adage, « loin des yeux loin du cœur », se vérifie aussi dans l’entreprise. Le directeur d’une filiale d’un groupe, parti pendant quatre ans à l’étranger, a dû faire appel à un coach pour regagner la confiance de sa direction parisienne. A force de ne pas le voir, les responsables du groupe émettaient des doutes sur ses capacités opérationnelles. Le coach a travaillé avec lui pour faire connaître et reconnaître ses talents.