Oui. La fréquentation assidue des réseaux sociaux n’est pas sans risque. Votre image professionnelle peut être parasitée par des faits personnels que d’autres intervenants ajoutent sur votre page perso. Votre identité peut y être usurpée, ou confondue avec celle d'un homonyme. Si votre profil n'est pas cohérent, d'un réseau à l'autre, les recruteurs peuvent en concevoir quelques soupçons. Certaines entreprises sont réticentes à embaucher des cadres trop actifs sur les réseaux sociaux. Elles craignent qu'ils ne divulguent des informations confidentielles sur leur compte.
Trouver sa tribu dans les réseaux sociaux
Par : Paul Warguin le Mardi 06 octobre 2009
Pour rester au top dans votre secteur, trouver un partenaire de squash qui deviendra un client, ou simplement partager vos passions, les sites de communautés pullulent. Reste à trouver celle qui vous ressemble.
Débordée ! Depuis qu’elle est inscrite sur Facebook, Twitter, Linkedin et Viadeo, Joanna ne sait plus où donner de la tête. “J’ai beaucoup de contacts, plein de « friends » et encore plus de sollicitations”, explique cette responsable marketing dans la grande distribution. Mais à force de papillonner, Joanna s’est lassée et a fini par décrocher, ne voyant plus vraiment d’intérêt à passer autant de temps devant son écran.
Il est vrai qu’il y a de quoi avoir le tournis. Il y a des communautés – on parle désormais de tribus – pour tout sur le net : nouer des relations professionnelles, partager ses passions, échanger des informations très pointues…
Joanna aurait certainement dû faire le tri. Choisir de ne s’investir que dans une ou deux tribus. Et jouer le jeu à fond. Car pour que ça “rapporte”, il faut y consacrer du temps : donner des infos, partager des analyses, des réflexions, etc. Sinon, mal utilisées, les communautés vous feront perdre votre temps et vous berceront de l’illusion qu’elles vous seront utiles.
“Il faut savoir ce que vous cherchez : un boulot, des contacts, des loisirs ? Posez-vous ces questions, vous choisirez ensuite les sites qui vous conviennent”, explique Isabelle Noir, spécialiste des réseaux sociaux et directrice associée de AdsVark, agence de conseil en stratégie web.
La tribu des professionnels
C’est l’usage le plus répandu des réseaux sociaux : développer son carnet d’adresses, accroître sa notoriété, voire prospecter des clients. “Dans cette perspective, les incontournables sont Linkedin et Viadeo. Ces réseaux se subdivisent en milliers de communautés, depuis les pros des ressources humaines jusqu’aux managers de l’agroalimentaire, en passant par le club des cadres bretons. Difficile de se consacrer à plus de deux ou trois communautés”, note Cédric Deniaud, chef de projet chez Feedback 2.0, une société de web marketing.
Yannick Chavent, chargé de clientèle au sein du groupe d’assurances Generali, a choisi de se limiter à - quand même - quatre “hubs” qu’il a créés sur Viadeo : deux groupes de discussions en création/reprise d’entreprise, et deux autres consacrés aux RH. On y bavarde entre experts-comptables, DRH et dirigeants. Tous des clients potentiels pour Yannick Chavent. “Je m’interdis toutefois de solliciter les gens qui sont en rapport avec mes affaires. Je laisse les connexions se nouer naturellement. Sur les réseaux sociaux, si vous êtes intéressé, ça ne marche pas, et la tribu le sent, et votre image s’en ressent. Il faut d’abord donner pour recevoir”, explique-t-il.
Pour ce pro du réseau, le succès des tribus a un autre secret : pour que ça marche, il faut organiser des événements dans la vraie vie. Ne pas rester dans le virtuel. Et ne pas voir trop grand : 300 contacts, pas plus ; au-delà, vous donnerez l’impression d’être un collectionneur.
Autre “must” de l’homme de tribu : le blog. “Là, vous pouvez laisser parler votre expertise”, remarque Richard Menneveux, le fondateur d’AdsVark et de Frenchweb, une communauté regroupant 2 500 professionnels du web.
Autre terrain où se retrouvent les tribus “pros” : le réseau interne aux entreprises. Charles, responsable financier au Club Med, fait ainsi partie du Club Med Alumni, sur Linkedin, où se retrouvent plus de 150 collaborateurs de la marque au trident. “Je peux échanger de façon assez informelle avec mes collègues, quel que soit leur niveau hiérarchique. On discute de la stratégie, des opportunités et chacun peaufine ses contributions. C’est d’un très bon niveau, et c’est un excellent moyen de se faire connaître, de tisser des liens en interne”, témoigne ce cadre.
Où les trouver
Sur les spécialistes du genre bien sûr (Linkedin.com, Viadeo.com, etc.), mais aussi sur les réseaux à la mode comme twitter.com, slideshare.com (pour partager des présentations Powerpoint), ning.com de création de communautés), ou netvibes.com.
La tribu des experts
Ici, le but est de connaître les dernières nouvelles de votre secteur. “On peut facilement créer une communauté d’experts en ligne, sur des plates-formes gratuites comme Affinitiz.com. Ensuite, il faut un objectif précis, une communauté cohérente et du temps pour l’animer, explique Hervé Linier, ingénieur chez Saint-Gobain et membre d’une tribu consacrée à la polymérisation.
Les tribus d’experts se retrouvent aussi sur Twitter, qui leur permet, grâce aux messages très courts, de diffuser très vite une information. Maël Le Hir, chargé de veille à la CCI d’Ardèche, reçoit ainsi les “tweets” (messages) de 350 spécialistes de l’intelligence économique et envoie les siens à 500 experts. “Chacun donne ses infos qu’on ne trouve nulle part ailleurs”, indique-t-il. Reste à ne pas se laisser submerger par l’incessant flux de “tweets” : mettez des filtres fixez-vous des limites. “Dans mon cas, une demi-heure le matin, le midi et le soir, jamais plus”, précise Maël Le Hir.
Où les trouver
Sur les blogs d’expert (à repérer grâce à des outils de recherche et de classement tels Wikio.fr par exemple), mais également sur les outils de micropublication comme Twitter ou Friendfeed (récemment racheté par Facebook), voire sur des plateformes hyperspécialisées comme barcamp.org (informatique).
La tribu des anciens
La communauté des anciens d’une école ou d’une entreprise est sans doute la plus stable de toutes les tribus. Sur le web, elle gagne en réactivité. Plus besoin d’attendre le dîner annuel ou de compulser le bon vieil annuaire. Tout est “on line”. Arnaud Thoni, acheteur à La Poste, a créé sur Facebook une tribu d’anciens de son école, l’ESC Grenoble. Il revendique plus de 2 500 membres et a supplanté l’association officielle. “Aujourd'hui, un groupe comme celui-ci peut être un véritable canal de communication pour l'association des anciens, et en est le parfait complément pour toucher un grand nombre de personnes et rapidement.”, explique Arnaud Thoni.
Où les trouver
Sur le site des anciens élèves de votre école bien sûr, mais plus largement sur trombi.com, copainsdavant.com et en lançant une recherche à l’aide de la fonction “Trouvez des amis” sur Facebook.
La tribu des militants
Pour le cadre en quête de communauté, c’est l’un des territoires les plus sensibles. Certaines de ses activités militantes, affichées sur internet, pourraient lui causer des problèmes. Mieux vaut donc rester anonyme. Rémi a fait ce choix. Juriste dans une banque, il milite contre la suppression du juge d’instruction au sein de deux cyber-tribus : un groupe sur Facebook et la communauté virtuelle qui s’est formée autour du magistrat - lui aussi dissimulé sous un pseudonyme – Maître Eolas, qui tient l’un des blogs les plus consultés en France. Pour Rémi, avocat de formation et adhérent dans sa jeunesse au Syndicat de la magistrature, la cause est importante. “Mais comme elle est peu compatible avec mes fonctions, j’avance masqué. Je ne dévoile mon identité qu’à certains membres de la communauté. J’ai ainsi retrouvé des copains de jeunesse, et je me demande même si je ne vais pas reprendre la robe d’avocat”, confie le quadragénaire.
D’autres avancent à visage découvert mais avec l’accord de leur hiérarchie. “Avant de m’investir dans Générations engagées, une communauté de blogueurs militant au Modem, j’ai sollicité l’avis de ma DRH et de mon chef de service. Ils m’ont donné leur accord, à condition de rester discret et de ne jamais associer l’entreprise à mes activités”, témoigne François, chef de projet à la SNCF.
Pour des causes plus consensuelles, l’engagement permet même de se connecter avec sa tribu professionnelle. Raphaëlle, par exemple, ingénieure chez Veolia Environnement, s’est branchée sur Dreamshake, une tribu qui réunit ceux qui ont un rêve à réaliser. “Depuis plusieurs années, j’avais en tête un projet de culture biologique économe en eau au Sénégal. Sur Dreamshake.com, j’ai rencontré des ingénieurs et des financiers qui se sont agrégés au projet. J’y ai aussi amené deux collaborateurs du groupe, avec qui j’échangeais sur Viadeo. C’est une façon de créer des liens, même si le métier reste accessoire.”
Où les trouver
Les militants se concentrent généralement sur des sites spécialisés (sortirdunucleaire.org, espoiragauche.fr…), mais également dans les groupes de Facebook, ou encore ekopedia.org, un wikipedia spécialisé dans l’écologie.
La tribu des fêtards
Denis, chef de produit chez Nestlé, manque rarement les soirées du “Thursday Drink in Paris”, communauté de fêtards réunie sur Facebook. “J’y vais pour me défouler, rencontrer du monde, des filles… Par rapport aux soirées classiques, le réseau social apporte de l’imprévu, reconnaît Denis. On peut être prévenu au dernier moment et, en une heure, passer de la réunion costume-cravate à la pyjama party dans une cave, avec des gens surgis de nulle part.”
Oublier le bureau et se mêler à des inconnus : un désir vif chez les jeunes actifs. Charles Nouyrit, directeur d’une société de certification numérique, MylD.is, en a fait un business. Il organise des “freezes”, des rassemblements d’une foule qui soudain s’immobilise, provoquant la stupeur des passants. “Notre communauté de “freezers” est présente sur Facebook, sur Twitter et sur mon blog, pour le suivi quotidien. La première “freeze”, à Paris, au Trocadéro, a rassemblé plus de 3 000 personnes et fait le tour des médias. Nous avons également organisé une “No pants party”, une descente des Champs-Élysées en sous-vêtements. C’est très œcuménique : chacun trouve ses raisons de participer”, indique Charles Nouyrit.
Xavier Niellet, consultant en stratégie, ne manque jamais les “No pants parties” : ça le détend. “Dans mon boulot, tout est contrôlé, cadré, fondé sur l’apparence. C’est l’occasion de se lâcher. Et c’est dans ce genre de circonstances décalées que se créent des liens plus forts. Même si, sur le moment, on ne peut guère échanger les cartes de visite…”, conclut Xavier.
Où les trouver
Chaque grande ville possède ses “After works” du jeudi surtout fréquentés par les trentenaires. Sur Internet, c’est indéniablement sur Facebook que l’on trouve les meilleurs plans. À surveiller également : hi5.com et, si vous êtes très chic, asw.com (a small world).
La tribu des passionnés
Les réseaux sociaux sont aussi devenus le lieu de tous les hobbies. Ainsi, Régis Bonnier, chef de projet chez un constructeur automobile, à Lyon, et fondu de sport, a rejoint Widiwici, une communauté réunissant des centaines de personnes qui se lancent des défis. “On va me mettre au défi de partir pour un week-end de kitesurf. Ainsi, j’ai découvert le triathlon, le wakeboard, le beach-volley et j’ai initié des inconnus au ski de rando…”
Le but n’est pas d’intégrer un réseau pro mais les rencontres peuvent être utiles. Éric Martageix, consultant financier, s’est inscrit sur Keeweek, autre tribu de sportifs. “Un golfeur cherchait un partenaire. J’y suis allé et j’ai découvert un chef d’entreprise avec qui j’ai sympathisé.”
Si vous êtes passionné de pyrogravure, il sera sans doute moins facile de trouver tribu à votre pied. Pourquoi ne pas en développer une ? “Mieux vaut créer un compte réservé à sa passion, conseille Richard Menneveux, de Frenchweb. Sur Twitter, j’ai un profil consacré à la photo, un autre au rock. Sinon, c’est le bazar.”
Où les trouver
Sur Internet on peut dénicher un réseau pour chaque passion. (Voir encadré à droite).
Photo : © Yanik Chauvin - Fotolia
Cet article est paru dans Courrier cadres n°33, daté de septembre 2009.
Fréquenter les réseaux sociaux peut-il vous nuire ?
Le boom des communautés de passionnés
Après l’essor des réseaux généralistes, on assiste à une multiplication de sites très pointus. Sélection de bonnes adresses.
Animaux
www.dogcity.com : on y partage son amour des canidés
www.monfidelami.com : découvrez le Facebook des chiens et chats
Cuisine
www.cookshow.com : partagez vos recettes en vidéo
www.lesfoodies.com : nourrissez-vous de nouvelles idées culinaires
Musique
www.myspace.com : on y déniche les stars de demain
www.lastfm.fr : on y crée des liens en fonction de ses affinités musicales
www.mediasic.com : partagez vos goûts musicaux… on vous paye pour ça !
Sport
www.keeweek.com : pour trouver des partenaires sportifs, réserver ses salles
www.cleec.com : idem
www.widiwici.com : pour se lancer des défis sportifs
Vin
www.vinogusto.com : un site d’amateurs éclairés qui parlent de leurs goûts
www.vinobilia.com : on y trouve aussi des producteurs et des distributeurs
Voyage
www.fou-de-voyage.com : le forum des vrais routards
www.monvoyageur.com : pour échanger ses bons plans voyage
Et aussi...
www.dreamshake.com : pour partager ses rêves et ses envies
www.ebuga.fr : pour causer moteur V12 et décapotables
www.oliceo.com : pour se retrouver entre éco-citoyens
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