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Un MBA : l’idéal pour explorer l’international

Par : Catherine Feldman le Jeudi 31 janvier 2008

Une partie de leur MBA s’est déroulée sur un campus espagnol ou chinois. Quelle expérience en ont-ils retirée pour leur carrière ?

Shanghai, Londres, New York, Madrid, São Paulo, Berlin, Singapour, Budapest… Non, il ne s’agit pas d’un catalogue d’agence de voyages, mais des destinations que l’on trouve de plus en plus au programme des MBA. De fait, rares sont les business schools françaises qui ne proposent pas un programme d’immersion, que cela soit dans une université, une usine locale ou un simple «résidentiel» d’une ou plusieurs semaines à l’étranger.

Ces escapades studieuses qui mêlent enseignements, visites d’entreprise et études de cas, sont appréciées des cadres. Ceux que nous avons interrogés recherchaient cette aventure humaine et culturelle, et chacun a retiré quelque chose de positif de cette expérience : une meilleur aisance internationale, une idée pour créer un business, ou carrément un job à l’étranger. Pas banal en effet de déjeuner dans un restaurant de Shanghai avec l’un des patrons du plus gros producteur de yaourts chinois, qui fabrique un milliard de petits pots par jour… Frédéric Duclos, directeur de groupement courrier à La Poste et grand voyageur, s’en souvient encore. 

Plus formateur que du franco-français

« Ce monsieur s’est courbé pour me remettre sa carte de visite… Quelle humilité !» Une rencontre comme celle-là fut pour cet ingénieur centralien une excellente occasion de partager son savoir mais aussi de découvrir un nouveau mode de vie. Dans le business, on ne doit pas minimiser le côté culturel. Le mieux, c’est de le vivre sur place, est convaincu ce manager qui compte bien briguer des responsabilités à l’international d’ici à trois ans.

Naviguer entre cinq campus en Europe, étudier en Chine et aux Etats-Unis, rien de tel pour développer une agilité professionnelle. «Aussitôt descendu de l’avion, il faut se plonger dans le bouillonnement d’une réunion avec trente collègues de nationalités différentes», raconte Ali Nouri, ingénieur en génie atomique devenu directeur adjoint à la direction des programmes de l’usine Areva de La Hague après un MBA à l’ESCP-EAP. C’est bien plus enrichissant que d’étudier dans un contexte franco-français.» C’est une bonne école pour se sentir à l’aise lorsqu’on doit, comme lui, recevoir dans la même semaine des représentants du Congrès américain, une délégation japonaise et une autre sud-coréenne…

Entre l’Inde, le Brésil et la Chine, Ali Nouri a choisi cette dernière destination (un pays où le secteur de l’énergie est en plein essor) pour réaliser son mémoire de fin d’études : un projet de consulting. Pendant sept mois, il a audité un groupe du CAC 40 qui cherchait à comprendre les raisons de ses difficultés sur le marché chinois. Après avoir rencontré le top management à Hongkong, Canton, Shanghai et Pékin puis analysé la stratégie maison, Ali Nouri et ses pairs ont pu pointer du doigt une inadaptation criante au marché local. «Cela m’a vraiment permis de prendre conscience qu’on ne peut pas reproduire en Chine un business model français ou américain. Pourtant, beaucoup d’entreprises tombent dans le piège.» Une expérience enrichissante pour ce manager qui se sent aujourd’hui bien mieux armé pour aborder ce marché, alors que le groupe nucléaire français entend contribuer pleinement au développement de ce secteur à l’international.

Rencontres exotiques

Partir étudier loin de l’Hexagone favorise aussi les rencontres… exotiques ! Il a suffi d’une semaine de séminaire en Chine puis au Canada, dans le cadre d’un MBA à Audencia, pour changer la perception de Thierry Place, ex-directeur d’un établissement de Fujifilm. Une histoire en deux temps. Premier épisode : une prise de conscience, à Shanghai, des problèmes de pollution. «J’étais incommodé par l’air très vicié. Je me suis dit qu’il fallait à tout prix développer les énergies renouvelables.» Ensuite, un stage à Ottawa, où Thierry Place planche avec un chercheur canadien sur la stratégie de son entreprise, très innovante en matière de cellules photovoltaïques. «Ce travail m’a une fois encore interpellé sur le développement durable, et l’idée m’est alors venue de créer une entreprise spécialisée dans le développement de l’énergie photovoltaïque.» C’est ainsi qu’ATP Solar a vu le jour en septembre 2007. La TPE devrait prochainement signer un partenariat avec un important fabricant de panneaux solaires et engranger son premier contrat avec un grand groupe du bâtiment. Quant à l’entreprise canadienne, il est question qu’elle exporte sa technologie en Europe grâce à cette jeune pousse.

Créer son entreprise

C’est à Marseille, sur le campus d’Euromed, que le destin a embarqué Pascal Jouan bien loin de la Méditerranée. «Le hasard a fait que, pour les exercices en binôme, je suis tombé sur le seul Chinois de ma promo, raconte ce consultant en management stratégique industriel. Et nous sommes devenus amis.» Sa complicité avec le businessman de Shenzen sera le déclic. En choisissant ce cursus, Pascal Jouan voulait ajouter un volet financier à son expérience dans l’industrie. Très vite, l’idée de s’intéresser aux investisseurs chinois qui lorgnent l’Europe fait tilt. Lui, le russophone qui a roulé sa bosse dans les pays de l’Est pendant des années, met le cap sur l’Asie. Il prépare ses trois semaines d’études à Shanghai via son réseau, noue sur place des contacts grâce aux étudiants chinois du MBA, «tous à des postes clés». Et dans la foulée, s’envole pour Pékin où il s’est ménagé quelques rendez-vous, puis Hongkong pour prendre contact avec des personnes qui ont besoin d’intermédiaires en Europe. Il s’est rodé au business à la mode chinoise et peut désormais compter sur un allié de poids : son ami chinois Teddy. Son projet ? Créer un bureau en Europe et une structure légère à Hongkong au printemps 2008, lorsqu’il signera son premier contrat. Il a déjà «cinq clients potentiels susceptibles de générer dix ans d’activité» et des partenaires européens disent être prêts à le rejoindre…

Trouver sa place dans un pays émergent

Vivre cinq mois – et plus si affinités – à Shanghai, c’était clairement l’objectif de Romain Bardou, en choisissant l’international MBA de l’EM Lyon. Après des études de droit et d’histoire, ce jeune homme de 27 ans brûlait d’envie de voir de près ce pays émerger… Et d’y trouver sa place. Il a laissé à Paris son commerce de vins et spiritueux. Son rêve était de travailler dans un fonds d’investissement ou se lancer dans l’audit à Hongkong ou à Shanghai. L’Asie, il connaissait déjà pour avoir dirigé un petit restaurant en Thaïlande. Pour l’heure, il suit des cours très pointus sur les marchés financiers dispensés par la prestigieuse China Europe International Business School et cultive son «Guan Xi» (réseau), absolument indispensable en Chine. Non sans quelques difficultés pour échanger avec les Chinois continentaux qui n’ont jamais voyagé. Dans cette ville qui vit à 1 000 à l’heure et où les tours grimpent d’un étage par jour, Romain se sent comme un poisson dans l’eau. Ses tribulations lui inspirent de nombreuses idées de business… Au hasard : un cabinet conseil pour améliorer «le service catastrophique» dans l’hôtellerie et la restauration.

Un projet personnel à l'international

Fabien Lacroix, lui aussi, a flashé sur Shanghai pour son MBA à l’EM Lyon. Ce directeur export de 36 ans avoue un petit faible pour l’Asie où il a déjà voyagé pour son travail. Mais aujourd’hui, il a envie de développer les marchés de la mode et du luxe dans ce continent. Et envisage, pourquoi pas, de s’installer un jour là-bas. Vivre à la chinoise pendant trois mois lui a notamment permis de savoir comment trouver un job et, pour entretenir le fameux «Guan Xi», échanger beaucoup de cartes de visite. Depuis son retour à Lyon l’été dernier, Fabien communique très souvent avec ses lointains amis qui deviendront peut-être un jour ses fournisseurs, ses sous-traitants voire ses employeurs. Pour le moment, Fabien Lacroix a plusieurs postes en vue dans des entreprises françaises.

Jouer la carte MBA pour mettre à plat un projet personnel à l’international : voilà l’objectif que poursuit Jean-Christophe Radouan en s’inscrivant à Reims Management School en 2004. Ce directeur export d’une entreprise agroalimentaire veut créer une filiale en Espagne. C’est au cours de son séminaire d’une dizaine de jours à Madrid qu’il va réaliser le business plan avec l’appui des enseignants. Il a également suivi un séminaire en Chine et aux Etats-Unis. «Dans chaque pays, j’ai trouvé des informations pour consolider mes compétences», explique ce cadre qui n’avait jamais été en poste à l’étranger. A Pékin, il a pu recadrer ses connaissances sur le pays. Excellent pour tordre le cou aux stéréotypes ! Pas question pour lui de devenir un pro de la négociation en Chine, mais tous ces cours donnent une ouverture d’esprit utile, estime Jean-Christophe Radouan qui dirige aujourd’hui deux filiales d’une vingtaine de salariés : l’une en Espagne et l’autre au Portugal. A New York, il s’est formé à la finance de marché ; à Madrid, il a approfondi le marketing et s’est constitué un précieux réseau : «Quand je cherche un avocat en droit social, je sais qui contacter.»

Se préparer à la mondialisation

Mais que peuvent bien attendre d’un séminaire à l’étranger ces cadres de haut vol qui collectionnent les miles et se distinguent déjà par un beau parcours à l’international ? Pascal Bouchiat, directeur adjoint du groupe Rhodia en charge des finances, répond par une autre question : «Où, mieux qu’au centre de Manhattan, avec des profs qui forment les banquiers des grands établissements financiers, peut-on apprendre la finance internationale ? Et où, mieux qu’à la London School of Economics, apprend-on les relations politiques internationales ?» Bien sûr, avant son MBA Trium de HEC, son travail l’avait méné à Shanghai ou à São Paulo. Mais, explique-t-il, «quand on voyage pour son travail, on a des objectifs à court terme : rencontrer des clients, des équipes de managers.» Le parcours universitaire à l’étranger, au contraire, lui a donné le temps de réfléchir au phénomène de la mondialisation, aux crises monétaires. Et en étudiant avec des managers venus du monde entier, il a pu prendre du recul.

Singapour, Mannheim, Pékin, Shanghai, Budapest, Madrid et Bruxelles : «Dans toutes ces villes, les enseignants m’ont apporté une vision de leur partie du monde. Les échanges avec les autres élèves, les rencontres avec des dirigeants contribuent à donner une bonne perception de ce qui se passe dans leur pays», témoigne Jean-Marc Bellemin, directeur financier du laboratoire pharmaceutique suisse Actelion à Paris qui a suivi le MBA de l’Essec. Seul bémol pour lui : les séjours d’une semaine se révèlent trop courts.

Se constituer un réseau

Mais habitué à beaucoup voyager, ce manager a su aller à l’essentiel, notamment pour constituer un réseau à Singapour en vue d’y créer une entité juridique. Le plus intéressant ? «Rencontrer des professionnels qui font le même métier que moi dans des sociétés 100 % chinoises ou singapouriennes. Les fondamentaux restent les mêmes mais l’appréciation des risques, le regard sur les critères de décision, toute l’approche dans le domaine financier est différente», explique Jean-Marc Bellemin, appelé à diriger la filiale du labo à San Francisco en 2008. Lorsque l’on travaille avec des managers de vingt-deux nationalités différentes, à des milliers de kilomètres de chez soi, l’ouverture à d’autres cultures se fait en accéléré. «On finit par laisser tomber les idéologies et les préjugés pour apprendre la tolérance et le pragmatisme. Ce qui compte, c’est la solidarité pour résoudre le problème de finance que l’on doit traiter», confie Bruno Chaintron, directeur du développement international «global mail» à La Poste depuis la fin de son MBA à l’Insead. Pour lui, voilà l’essentiel de ce qui se joue dans ces immersions. Il a vécu intensément cette expérience à Singapour. A tel point qu’il a tenu à faire venir sa famille à la fin du programme pour que ses enfants découvrent l’Asie. Aujourd’hui, lorsqu’il se retrouve autour d’une table de négociation avec une vingtaine d’opérateurs postaux du monde entier, il n’est pas dépaysé.

la question qui fâche

Qui va payer pour le développement durable ?

Aujourd’hui, les collectivités territoriales débloquent des crédits destinés au développement durable en les prenant sur leurs budgets de fonctionnement ou d’investissement. Mais demain, qui paiera : l’usager ou le contribuable ? Déjà dans certaines communes, les habitants acquittent une redevance supplémentaire calculée selon le volume de déchets produits grâce à une puce intégrée dans les bacs à ordures. Ce système, encore en test, pourrait être étendu.

Une semaine à Hongkong… ça vaut le coup ?

Trop court, pensent certains. Trop touristique, disent les mauvaises langues… Quelle est la véritable valeur ajoutée d’un séjour à l’étranger organisé pendant un MBA ? Laissons la parole aux responsables de ces cursus.»Suivre un cours de ressources humaines à Berlin, ce n’est pas la même chose que recevoir ce même enseignement à Paris. Il y a une dimension locale dans cette expérience», défend Marianne Conde-Salazar, responsable du MBA de l’ESCP-EAP.

Se confronter au terrain
Les déplacements de campus en campus banalisent le fait d’aller et venir en Europe, obligent à s’adapter à des modes d’enseignement, des contextes économiques différents. Ils permettent aussi de multiplier les rencontres avec des participants venus du monde entier. Des expériences qui constituent un bon entraînement aux situations professionnelles nécessitant d’échanger avec des étrangers, de gérer des équipes multiculturelles. Pour Martine Richard, responsable de Reims Management School, vivre sur un campus étranger, rencontrer des grands patrons, plancher sur un cas d’entreprise, c’est aussi une manière de confronter les connaissances acquises en France avec le terrain. Passer une semaine hors de l’Hexagone n’a rien d’anecdotique, considère pour sa part Valérie Claude-Gaudillat, d’Audencia : «Un programme bien construit avec des conférences données par des universitaires, des visites d’entreprise, cela permet d’avoir une bonne compréhension de la vie du pays.»

Un MBA touristique ?
Il n’empêche, des mauvaises langues parlent dans certains cas de «MBA touristique»… «Oui, si on n’y met pas les moyens, admet Alan Jenkins, de l’Essec. Nous sélectionnons avec soin les intervenants, les visites… Et même si nous faisons venir à Paris des professeurs d’autres continents, rien ne remplace une immersion dans la vie locale pour découvrir les aspects géopolitiques, culturels, économiques. Difficile de le faire en Europe. Il faut que ce soit vécu sur place.» A l’Insead, on est pourtant plus nuancé. Pour Mark Norbury, responsable de l’Executive MBA, on ne peut pas comprendre un nouveau pays en y passant seulement deux semaines. «Le fait d’avoir un campus à Singapour nous permet d’attirer un public asiatique et des gens de haut niveau, explique-t-il. Mais nous voulons créer une culture internationale tout au long du programme. Tous les jours. Avec des professeurs et des participants étrangers. Dans un “global MBA”, tous les ingrédients sont internationaux.» Car les cadres ont autant envie d’apprendre de leurs collègues que des cours académiques, souligne Sean Kilbride, directeur commercial du MBA Trium à HEC.

Un réseau élargi et durable

«Si vous voulez profiter d’une expérience hors de France pendant votre MBA, pourquoi ne pas choisir carrément une école étrangère ?» interroge Nunzio Quacquarelli, directeur de QS Topmba.com. Pour lui, une immersion totale d’un semestre au moins reste le meilleur moyen d’appréhender la culture des affaires d’un autre pays et de se constituer un réseau élargi et durable. C’est sans doute l’idéal. Mais tout le monde ne peut pas se permettre de faire un break de plusieurs mois dans sa vie professionnelle et familiale.
 

Un aller simple pour Pékin

Témoignage de Rony rahal, 33 ans, «general manager» d’Auralog Chine.
«Je ferai tout pour profiter du formidable boom de la Chine», s’était promis Rony Rahal, il y a dix ans, à la fin de son stage étudiant à Shanghai. Pari tenu. De retour en France, il travaille pendant quatre ans comme commercial. En 2002, il flashe sur l’International MBA de Reims Management School qui lui permet de passer un an sur le campus de l’université pékinoise de Tsinghua. «La Chine est un pays qui fonctionne sur le réseau. En intégrant la première université chinoise, je me donnais les moyens de tisser des liens avec les futurs dirigeants du pays.» Sur le plan professionnel, Rony a appris la globalisation et, côté humain, la compréhension. «Quand on gère, explique avec sagesse ce Libanais de 33 ans, il faut assurer le résultat mais préserver l’harmonie avec son interlocuteur.» Durant son cursus, il travaille avec «un copain de Hongkong» sur le business plan d’une société de conseil pour aider les entreprises chinoises à investir en Europe et au Moyen-Orient et les sociétés françaises à le faire en Chine. L’entreprise voit le jour en 2004 et emploie aujourd’hui quinze salariés. Les deux copains sont actionnaires à 50/50. En janvier 2006, ils sont contactés par Auralog, le premier éditeur français de logiciels pour l’apprentissage des langues étrangères. Rony est embauché comme «general manager» pour créer la filiale chinoise. Auralog Chine compte aujourd’hui 45 salariés et prévoit de tripler ses effectifs en 2008.
 

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