
“L’encadrement, c’est le squelette de l’organisation”
Diriger un parc d’attractions, c’est avant tout diriger une entreprise, avec ses services administratifs, marketing, etc. Mais c’est aussi un vivier d’emplois saisonniers à gérer, le tout en affichant un “esprit gaulois”, c’est-à-dire malin, généreux et ouvert. Pascal Fliche, directeur général du Parc Astérix, nous l’explique.
Quel a été votre parcours avant de rejoindre le Parc Astérix ?
Je viens du marketing et de l’événementiel. J’ai passé neuf ans aux États-Unis dans la restauration événementielle, puis dix ans dans un célèbre parc d’attractions de l’Est parisien où j’étais en charge d’un village, de Disney Village pour ne pas le nommer. Et j’ai pris mes nouvelles fonctions ici il y a un an et demi, en décembre 2010.
J’ai également été administrateur – je le suis encore – d’une société spécialisée dans la gestion de biens culturels qui s’appelle Novamusa (en Italie, ndlr). Je suis un spécialiste des destinations de loisirs à caractère divertissant.
Mes fonctions ici sont au cœur de l’univers d’Astérix et d’Obélix, des Gaulois et de la Mer de Sable (car je suis aussi directeur du Pôle France Nord du groupe Compagnie des Alpes*).
Quel est votre quotidien ?
Déterminer la stratégie et la direction à prendre pour pouvoir faire de cette destination un produit successful. J’ai deux adjoints, si je puis dire : l’un est directeur de La Mer de Sable, l’autre du site Parc Astérix.
Est-ce que vous managez des personnes en direct ?
Bien sûr. J’ai l’habitude de faire une allégorie qui va bien avec l’univers d’Astérix : je pense être le numéro 9 d’une équipe de rugby, dans laquelle il y a des avants et des arrières. Le directeur de site est le numéro 10 : vous distribuez le jeu et lui va le répartir au sein des différentes équipes. Comme tout bon capitaine d’une équipe de rugby, il faut être un peu malin et clairvoyant, et ça, c’est tout l’esprit d’Astérix : savoir partir au ras de la mêlée s’il y a une fenêtre opportunistique qui se présente, voire aplatir un essai avec toute l’équipe des avants parce que ça ne se fait pas tout seul. J’insiste beaucoup là-dessus : ce qui est important pour moi, c’est de distribuer le jeu avec une équipe de talent.
Dans le rugby, les Français sont souvent malins et sont là où on ne les attend pas. C’est un peu l’univers d’Astérix : il va souvent jouer à l’extérieur et il revient toujours chez lui. Il a un grand cœur, il est généreux, malin et quelque part, je pense que c’est ce que l’on retrouve dans le milieu de l’entreprise.
En un an et demi, vous avez eu le temps de bien vous faire à l’univers d’Astérix...
C’est un univers qui m’a toujours passionné. Je trouve qu’il est extrêmement représentatif de la détermination et de l’esprit humaniste des Français. Et nous avons un rôle de challenger : il faut donc être à l’écoute, être détecteur de talents sur des recrutements et être à l’initiative d’un certain nombre d’actions que vous partagez avec vos collaborateurs.
Vous réalisez des recrutements saisonniers et permanents...
Exactement. Nous engageons plus de mille saisonniers par an, dont un certain nombre d’irréductibles. Ce sont ceux qui viennent depuis plus de vingt ans et qui ont adapté leur style de vie, comme si vous étiez perchman (conducteur de télésièges, ndlr) à la montagne. Vous avez votre saison et vous travaillez huit à neuf mois dans l’année, ensuite vous avez vos congés payés, votre formation ou une période d’inactivité prise en charge. Mais vous revenez tout le temps parce que vous avez une expérience et un certain plaisir à travailler. Le fait marquant pour moi au sein du Parc Astérix, c’est que les gens aiment venir y travailler. On ne subit pas le Parc Astérix. On aime être au contact des visiteurs. Certains étudiants viennent faire trois saisons d’affilée. Malheureusement, on les perd parce qu’ils ont trouvé un job à Marseille, à Nantes... à plein temps dans la finance... Mais ils sont venus chercher un contact avec les visiteurs.
En outre, nous avons une façon un peu particulière de recruter : pour les boutiques, les attractions et la restauration, nous utilisons une méthode qui s’appelle Star, destinée à détecter la capacité à être au sein d’une équipe, au contact des visiteurs, mais aussi l’esprit d’initiative et le respect d’une qualité que l’on doit à nos visiteurs. Ensemble, on construit un cerf-volant : parce qu’il faut savoir le faire voler, le construire, s’affirmer, écouter, échanger.
En ce qui concerne les services techniques en revanche, nous allons chercher une expertise. Avec toujours l’idée de l’intégration au sein d’une équipe.
Et en matière de permanents ?
Nous avons 226 permanents**, que l’on retrouve dans les services techniques. Vous avez l’encadrement restauration et boutique qui est là toute l’année et qui s’occupe de ses commandes, de ses nouvelles collections, de ses nouveaux menus et de ses travaux, le service marketing, la vente, les commerciaux, les ressources humaines, la finance, la comptabilité... tous les services que l’on trouve traditionnellement dans l’administration d’une entreprise. C’est un peu comme une station balnéaire : on est 220 l’hiver, on passe à plus de 1 220 en été. Je fais souvent le parallèle, parce que Lutèce, c’est justement une destination touristique, avec une notoriété nationale et vocation régionale.
Combien avez-vous de cadres et quelle est votre vision
du management ?
Nous avons 80 cadres sur 220. Ce que j’entends dans le management, c’est le management participatif, entrepreneurial. Nous ne sommes pas une grosse administration. Volontairement. Et quand je dis participatif, c’est un peu comme une fédération dans laquelle vous auriez tous les services, toutes les business units, qui fédèrent leurs résultats au sein du Parc Astérix. Le restaurateur, c’est avant tout quelqu’un qui pourrait posséder son restaurant et qui a le sens du propriétaire et de la qualité. Une partie de l’évaluation de nos cadres est justement faite sur la qualité et les relations avec les clients. Si vous ne vous occupez pas de vos clients, quelqu’un le fait à votre place et vous perdez l’attractivité de votre parc.
Le statut cadre est-il essentiel ? Pourriez-vous faire sans ?
L’encadrement, c’est le squelette de l’organisation. Vous avez besoin de gens qui encadrent et qui sont les traits de liaison avec les différentes divisions. Je me repose beaucoup dessus.
Est-ce important de savoir déléguer ?
Oui : dans une équipe sportive, et de rugby en particulier, ce n’est pas parce que vous avez le ballon que vous le gardez. Au contraire : vous le distribuez. S’il n’y en a pas qui poussent devant et d’autres qui s’infiltrent derrière pour aller marquer l’essai... Un directeur commercial, c’est celui qui réceptionne les travaux de tous ses commerciaux et qui va pousser l’objectif de manière à assurer les résultats commerciaux du groupe.
Comment se porte le secteur des loisirs ?
Il est mature et surtout, extrêmement concurrentiel. Face à cette concurrence acharnée, il faut réveiller au quotidien l’esprit gaulois : il faut être malin, savoir émerger et surtout, avoir un produit qui se positionne par rapport à la destination dont vous avez la charge. Ici, les gens ne viennent pas regarder un conte de fée, ils viennent parce qu’ils ont envie d’être en famille et sur une industrie où l’on se fait plaisir. On est au milieu de la forêt, en pleine clairière, dans la nature. C’est important parce que c’est ce qui fait la différence avec d’autres parcs. Nous sommes le “live” des succès du monde d’Astérix. Le film qui a été le plus apprécié, c’est “Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre” ; Astérix et Cléopâtre est la bande dessinée la plus vendue. Le film était numéro un, dépassé depuis par “Bienvenue chez les Ch’tis” et “Intouchables”, mais il reste dans le patrimoine génétique de la culture française. Une culture volontairement un peu décalée qui prend de grands sujets d’actualité avec humour et dérision.
D’où la nouvelle attraction OzIris...
Exactement. C’est le fruit des réponses qualité de nos visiteurs et des succès des bandes dessinées. Elle porte d’ailleurs plus sur “Les douze travaux d’Astérix” où un mage va vous apprendre à voler, vous transformer comme si vous étiez un oiseau, et c’est pour cela que vous vous retrouvez à voler au-dessus du temple d’Égypte et de l’Obélisque “façon Tour Eiffel” (parce qu’il y a toujours un clin d’œil à la réalité).
Combien d’emplois cette nouvelle attraction a-t-elle générés ?
Elle a généré, en plus de ce qu’il y avait, une trentaine d’emplois (saisonniers et permanents, ndlr). Elle tourne sur des cycles : il y a plus de gens en maintenance, en opération pure, il y a un coin boutique et nous avons développé la communication.
Avez-vous un regard sur certains recrutements ?
Sur les cadres de direction, oui. Je délègue aux responsables des unités le recrutement de leur personnel. Et comme c’est un recrutement participatif, tous les responsables de division sont auditionnés par deux ou trois personnes. En général, c’est le directeur concerné, la direction des ressources humaines et, pour certains postes un peu stratégiques, je participe.
Ce que nous recherchons lorsque nous recrutons un cadre, c’est sa capacité à s’intégrer, un esprit d’initiative et quelqu’un de responsable. Vous n’avez pas une nomenclature de ce que vous devez faire. Il y a un moment où vous devez exprimer votre côté entrepreneurial et responsable. Le leadership est important.
Il faut aimer Astérix pour travailler ici ?
Je pense qu’il faut aimer l’esprit Astérix. Définitivement. Et il faut un esprit d’ouverture. Astérix a toujours voyagé dans ses bandes dessinées. Le cadre idéal, c’est un peu le gendre idéal : c’est celui que chaque parent aimerait avoir pour ses enfants.
*La Compagnie des Alpes détient notamment Grévin & Cie (Parc Astérix) et la Mer de Sable, un autre parc de loisirs, situé dans l’Oise.
**L’interview a eu lieu fin avril 2012.






























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